© La maison sans escaliers © Ville d'art et d'histoire
Dès le XIXe siècle, Saint-Étienne, 7ᵉ ville de France, connaît une croissance explosive grâce au charbon. Dans ce contexte émerge une agilité unique comme l’explique avec passion Marie Caroline Janand, directrice du Musée d’Art et d’industrie de la ville : « l5 000 habitants au début du XIXe siècle, elle passe à a 110 000 en 1850 » Métal, armurerie, rubannerie… une industrie puissante s’y développe, et y attire ainsi capitaux, compétences et iidées dans« un environnement où l’innovation s’enracine dans la matière et les usages. » Elle rappelle ainsi que dans sa dénomination le musée lui-même «symbolise ce lien entre beau et utile ». Créé à en 1889 l’initiative de Marius Vachon, envoyé à Saint Etienn par l’État après le constat, à l’Exposition universelle de 1851 d’un retard français dans le domaine des arts industriels notamment face à la Grande-Bretagne et à l’Allemagne, et soutenu par le maire socialiste Émile Giraudet, le musée vise à « former l’ouvrier pour produire de beaux objets, parce que ce qui est beau, se vend ». Il devient alors un lieu où tous les publics, notamment les ouvriers, peuvent « rencontrer le beau » - D’où le choix du titre « L’Ambition du beau », pour cette exposition-hommage, assez didactique.
En rappelant l’histoire de cette ville qui s’apprête à accueillir en 2026 les Galeries nationales du design, Marie Caroline Janand, s’attache à rappeler le rôle fondateur de l’école municipale de dessin, aujourd’hui devenue l’École supérieure des arts et du design de Saint-Etienne. Dès le XIXe siècle, elle forme ouvriers et dessinateurs à « construire par le beau », avec une forte vocation sociale : « C’est une école du soir, ouverte à tous et gratuite », reflète une ambition d’élévation du goût, loin des logiques uniquement industrielles. « Il s’agit de former des praticiens capables de traduire des idées en formes, posant les bases d’une culture du design avant l’heure. » Le parcours propose est une progression pour comprendre que comment le design s’est progressivement imposé comme une pratique née d’une nécessité. Il se termine par un exemple emblématique, celui de la Pli-chaise Souvignet, conçue vers 1950. À la sortie de la guerre, l’entreprise Souvignet, spécialisée dans les tubes de vélo ,est confrontée à la disparition de ce marché. « elle a les ouvriers qualifiés, le tube chromé et les machines » mais ne sait pas comment, sur quoi, transférer ce savoir-faire. L’entreprise fait alors appel à un cabinet de dessin, prémisse des agences de design, qui conçoit une chaise empilable, robuste, fonctionnelle, adaptée aux besoins administratifs. Le succès est immédiat : « ils ont vendu des millions ! »
Et c’est là que réside l’essence du design : réinterpréter un savoir-faire pour répondre à un nouvel usage, dans un geste de transformation. Comme le définit en conclusion Marie Caroline Janand, ; le design est une « intelligence extérieure » qui éclaire l’intérieur de l’entreprise, « pour la faire rebondir sur ses savoir-faire. » Ainsi, « L’Ambition du beau »ne se contente pas de montrer des objets (300 au total) : elle donne à voir le design comme processus, ici né de la rencontre entre contrainte industrielle, volonté politique et désir d’émancipation. Saint-Étienne n’est pas seulement une « cité du design » : elle en est une vibrante incarnation historique.
A noter
« l’Ambition du beau » jusqu’ au 9 novembre Musée d'Art et d'Industrie 2 Place Louis Comte , 42000 Saint-Étienne
« Ambition du beau ou comment le design naît à Saint-Etienne », ouvrage collectif, edition Silvana Editorial, 25 €

