© Tinshed house, Sydney, Australie, 2012 - Raffaello Rosselli
Dans les fins fonds de l’Alabama, la maison Lucy Carpet conçue par l’agence Rural Studio possède des murs en moquette. Dans la banlieue chic de Sidney, la Tinshed House de l’architecte Rafaello Rosselli est, elle, bardée de tôle ondulée, tandis que la Villa Welpeloo, imaginée aux Pays-Bas par Superuse Studios, constitue à elle seule un manifeste en faveur de la récupération : fondations en coquillage, structure métallique provenant d’une machine de production, bardage en enrouleurs de câble, monte-charge d’occasion, isolant en polystyrène expansé et fixation des luminaires… en baleines de parapluie usagées ! Quelques exemples frappants à découvrir parmi tous ceux de l’exposition présentée au pavillon de l’Arsenal. Les commissaires de cet évènement, Nicola Delon et Julien Choppin, du collectif Encore Heureux, ont déniché soixante-quinze réalisations remarquables d’ingéniosité, qui sur tous les continents, prônent le réemploi. Soixante-quinze projets, et autant d’histoires analyse Nicola Delon : « chaque bâtiment possède sa propre pertinence de narration : derrière, il y a toujours un récit formidable. »
De la Slow Residence, maison préfabriquée par les étudiants du collectif Design Build BLUFF pour une réserve Navajo dans l’Utah, à la dnA House, édifice cruciforme en briques de réemploi conçu par BLAF Architecten en Belgique, les résultats seraient enthousiasmants… s’ils ne cachaient une triste vérité : celle des rebuts générés par la profession. En Île-de-France, 74 % des déchets proviennent ainsi du BTP. Au rythme d’une piscine olympique de béton consommée toutes les 15 secondes, le sable va bientôt manquer : 90 % des plages seraient en conséquence bientôt menacées de disparition, sur une planète qui serait à court de matériau de construction dans 35 ans... Une crise de la matière aux dates prévisionnelles effarantes, qui oblige à repenser au plus vite le métier d’architecte. Avec humour et bonne humeur, l’exposition, ainsi que l’ouvrage édité en parallèle, donnent donc de multiples pistes au concepteur frugal, sous un titre joliment éloquent, Matière grise. « Si le monde présente des ressources finies, analyse Julien Choppin, les ressources intellectuelles, elles, sont infinies. Des solutions existent, mais elles ne peuvent s’envisager qu’avec un effort d’intelligence collective. » De quoi oser enfin fouiller dans la poubelle des architectes !

