Quels sont les éléments à prendre en compte pour dessiner un tapis ?
Je dirais que c’est le bon équilibre entre les points de vue, une part d’abstraction et une part de figuration – que nous souhaitions vraiment pour cette collection –, car il ne faut pas qu’au fil du temps le motif devienne ennuyeux. Nous cherchons toujours à varier la perception en fonction de l’angle de vue : la grande difficulté est d’anticiper le rendu du dessin et, surtout dans le changement d’échelle, le rendu des aplats. Sur les tapis Arctique et Banquise, l’ours apparaît plus ou moins distinctement selon l’angle du regard. Pour les tapis Nanuk, la douceur vient de la silhouette dessinée par un effet du mouvement et des choix de couleurs.
Justement, est-ce audacieux de travailler le blanc pour une couleur de tapis ? Comment pensez-vous les associations ?
Il faut toujours penser, concernant le choix des couleurs, à son intégration dans l’environnement, notamment en présence de tons chauds, avec un dosage étudié. Pour cette collection, nous avons évité le risque de blanc froid grâce au choix d’une laine, identifiée dès le départ par Sandrine Demas (la fondatrice de Diacasan, ndlr), qui donne un écru très pur, très lumineux, chaleureux, et ce grâce à la grande qualité de cette laine. Après nous avons joué avec sa texture étonnante, quasi bouclée, en imaginant des jeux de texture, en orchestrant des zones chinées qui, à la fois, créent des accidents visuels – dans le sens où elles accrochent le regard – et rendent lisibles les traits. Il faut effectivement trouver les bons dosages pour interpréter les dessins, et souvent travailler de façon subtile, très progressive, les dégradés de couleurs dans les transitions pour qu’elles se fondent naturellement.
Les fauteuils Iceberg ont une composition asymétrique : comment êtes-vous arrivés à cette idée ?
À l’origine, nous sommes partis d’un principe de blocs de glace imbriqués qui s’associent avec les tapis, ou indépendamment. L’idée de ces volumes réside avant tout dans une recherche de douceur. Nous avons associé des blocs de mousse, parfois directement sculptés à la disqueuse, pour travailler des volumes confortables et décalés afin de garder cet effet de moelleux. Les coutures sont parfois cachées pour obtenir une belle surface et parfois apparentes pour donner du mouvement. La proposition avec le tissu Excentric d’Élitis, nettement moins élastique, a demandé un gros travail de prototypage pour garder la densité du confort. Aujourd’hui, ce qui est amusant, c’est que certains y voient une déclinaison d’un iceberg et d’autres des pattes d’ours repliées.

