© © Oeuf en barre, Oscar Lhermitte – photo : Arne Zacher
« Quelles valeurs sont véhiculées par l’esthétique ? Pour quelles intentions ? Que disent les formes produites sur les modes de vie, les usages et les pratiques d’une société ? Que murmurent-elles sur l’état du monde ? » C'est à cette multitude d’épineuses – mais fondamentales – questions posées par Benjamin Loyauté et Elsa Frances, commissaires généraux de cette Biennale 2015, que se sont attelés à répondre les vingt-six designers, architectes, artistes et autres critiques internationaux, invités à imaginer les expositions qui seront présentées au public. Savoir-faire, matériaux, nouvelles technologies, industrie ou encore dessin, seront autant de voies choisies pour questionner et expliquer les formes que prend la production design contemporaine et la manière dont nous les percevons. La Cité du design sera, pendant quatre semaines, l’épicentre d’une manifestation étendue à tout le territoire stéphanois (et même rhônalpin), mêlant programme In et Off, dont nous vous présentons ici quelques extraits.
L’exposition No randomness – comprendre, « pas de hasard » – nous invite à explorer… l’évidence ! Pourquoi un mètre mesure un mètre ? Pourquoi les feux rouges sont-ils ronds ? Pourquoi les gilets de sécurité sont-ils oranges ? Le designer Oscar Lhermitte nous propose de regarder à nouveau tous ces objets tellement quotidiens que nous ne les voyons plus, à travers une série de photographies les mettant en scène de façon inédite. Ce qui les rassemble ? Leur forme, on ne peut plus fonctionnelle, qui en fait des « héros du design », dixit le commissaire et scénographe, et dont « la beauté cachée se trouve dans les détails ».
À la cité du design, site manufacture
Il est des domaines très prospectifs, où le design et les formes qu’il produit ont une incidence directe sur les mutations technologiques, sociales, comportementales et politiques de la civilisation toute entière. Des champs à l’intérieur desquels l’on soupçonne rarement le rôle que jouent les concepteurs dans le développement d’applications et d'usages possibles d’une technologie. Dans Hypervital, Benjamin Loyauté a ainsi rassemblé des projets de recherche menés par des designers, de la santé à la protection des civils, en passant par les stations spatiales. À découvrir entre autres : Bees, une série de dispositifs/objets imaginée par Susana Soares, proposant d’utiliser les incroyables capacités olfactives des abeilles pour détecter et diagnostiquer certaines maladies ; ou encore Mine Kafon mis au point par Massoud Hassani, un dispositif low-cost de désamorçage des mines antipersonnel.
À la cité du design, platine
La diversité étant également le mot d’ordre de cette Biennale, d’autres expositions jouent à fond la carte des formes, certaines abordant la question directement, et peut-être de façon plus accessible, notamment pour le jeune public. Ainsi l’artiste Bart Hess et l’historienne d’art Alexandra Jaffré proposent Vous avez dit bizarre, une sélection de travaux d’une quarantaine de concepteurs rassemblée sous le thème du grotesque, quand la designer Ionna Vautrin imagine une exposition-atelier autour du Bestiaire. Dans un autre registre, Form follows information, regroupe, sous la houlette de Stéphane Villard et Gaëlle Gabillet, une série d’objets qui matérialisent… l’invisible. C’est-à-dire ? Qui véhiculent un message, qui ont une fonction discursive, et pas toujours directement utilitaire, mais spirituelle par exemple, à l’instar de la Pyramide des âges de Mathieu Lehanneur, sorte de jarre dans laquelle le travail du matériau – ici de la céramique –, la méthode de fabrication et de mise en forme, sont en eux-mêmes une évocation du temps qui passe.
À la cité du design, site manufacture et platine

