Mérida, capitale de l’État de Yucatán, au Mexique, est une ville d’architecture coloniale qui attire les expatriés, et où s’est développée une industrie touristique florissante. Cette maison abandonnée aurait pu faire l’objet d’une spéculation rapide, être totalement reconstruite pour être rentabilisée rapidement en location de vacances sans âme. L’intervention et l’expertise en rénovation du studio Veinte Diez Arquitectos, créé en 2020, en ont bien heureusement décidé autrement et en font une résidence qui peut recevoir des vacanciers (dans un principe d’Airbnb). Dirigé par José Luis Irizzont Manzanero, le cabinet est d’ailleurs déjà reconnu au Mexique et à l’international pour des projets « qui honorent le lieu, la mémoire et l’expérience vécue de l’architecture » (notamment dans la catégorie architecture et rénovation des Architizer A+Awards en 2025).
Depuis la rue, rien ne laisse soupçonner la qualité d’accueil et le confort contemporain de cette résidence, apportés par un équilibre très bien mené entre le charme de l’ancien et l’inscription dans l’histoire du quartier. En effet, la façade sur la rue semble simplement couvrir une petite maison classique : une porte en bois et une fenêtre sur une largeur de 5 mètres. Une fois le seuil franchi, le visiteur change pourtant d’univers en découvrant une succession de patios à ciel ouvert et de petites unités dans un brillant dialogue intérieur-extérieur.
Cela commence par un patio végétalisé – d’inspiration zen avec son parterre de gravier et ses arbustes séparés – qui garde pourtant sur l’un des murs les stigmates des occupations antérieures : sa texture rugueuse et colorée d’un bleu ciel entre en contraste avec un banc en béton ciré conçu sur toute sa longueur, rétroéclairé, et rend apaisant ce qui pourrait paraître sans âme. Un premier bâtiment succède à cette cour, celui-ci accueille une cuisine très contemporaine, d’une belle hauteur de plafond, dont l’aménagement tout en courbes et fait sur mesure comprend un îlot central : une façon pragmatique d’en faire un espace de vie convivial et pratique, dans une pièce qui reste étroite. La cuisine est ouverte sur une seconde cour qui la relie à une unité principale comprenant le salon au rez-de chaussée et un étage réservé à l’accueil d’amis. Enfin, le fond de la parcelle est occupé par un jardin équipé d’une petite piscine et d’une suite principale.
Ce cheminement tout en longueur – 33 mètres au total – est une alternance d’espaces vides et de modules qui gardent l’esprit du lieu. Le studio d’architectes, plutôt que reconstruire, a choisi de repenser le site en gardant 70 % des maçonneries d’origine, lesquelles, retapées, participent grandement au cachet de cette résidence improbable. La conception en rythme de trois volumes ouverts et de trois couverts ouvre la perspective, permet d’introduire de la lumière et de générer une ventilation croisée. Le patio central devient le cœur de la maison, non seulement en organisant la circulation, mais également en agissant comme un élément de refroidissement passif.
Pour respecter l’empreinte historique, les architectes ont recherché des références locales, tout en optant pour une palette restreinte de teintes, de matériaux et de textures. Ainsi, les finitions principales incluent un enduit à la chaux de ton naturel. Les dalles de toit aux structures volontairement apparentes rendent hommage aux poutres en bois, traditionnelles dans cette région. Chaque volume de salle de bains comprend un puits de lumière en forme de croissant, encadrant une vue directe sur le ciel. Dans les patios, les zones pavées combinent de la pierre régionale et un jardin paysagé de façon minimaliste pour une atmosphère sereine. Une belle relecture du potentiel du lieu par des architectes intuitifs qui font parler les pierres au présent.