LE MINÉRAL, LE VÉGÉTAL ET L'ANIMAL

10 novembre 2016 Par Raphaëlle Saint-Pierre
© David Boureau
© David Boureau
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© David Boureau

En Loire-Atlantique, sur la commune de Pornic, les architectes nantais de l’agence tact ont transformé et agrandi une petite maison traditionnelle au cœur d’un hameau. En jouant sur le contraste des matériaux et des couleurs entre l’ancien et le contemporain, ils ont composé une habitation ouverte sur de luxuriants jardins clos.


Souvent confrontés à des projets de réhabilitations-extensions, Maëlle Tessier et Matthieu Germond de l’agence nantaise tact prennent toujours du « plaisir à jouer avec des situations existantes ». En 2012, un couple d’amis leur demande de restructurer et d’étendre leur maison imbriquée dans un hameau rural de la commune de Pornic. Jean-Charles et Florent, propriétaires depuis une dizaine d’années de cette habitation de 90 mètres carrés, formée de deux corps de bâtiments et d’une annexe, viennent d’acquérir la parcelle mitoyenne sur laquelle se trouvent deux petites constructions, anciens appentis non habitables en l’état. Pour Florent, passionné de jardins et d’oiseaux, et Jean-Charles, fin connaisseur du design et de l’art contemporain, le duo d’architectes compose « un havre de paix abrité de son environnement agricole et pavillonnaire », raconte Matthieu Germond.

Jouer avec les contraintes réglementaires

Les propriétaires rêvent d’une extension transparente à la façon des Case Studies californiennes, mais le tandem d’architectes les convainc de la nécessité de travailler sur l’épaisseur et la matérialité, ce qui les oriente plutôt vers l’architecture hollandaise. « Une des qualités du contexte proche est la multiplicité de petits volumes épais, faits de murs de maçonnerie. Notre travail a été de montrer que cette architecture n’est pas incompatible avec une relation forte à l’extérieur, explique Matthieu Germond. Nous nous sommes appuyés sur le PLU (plan local d’urbanisme) de Pornic en jouant sur ses interprétations possibles. » Si l’usage de l’ardoise est autorisé, sa confrontation directe avec la tuile, qui couvre la succession de toitures des bâtiments anciens, n’est pas évidente à faire accepter par la mairie. « Nous avons voulu distinguer les extensions de l’existant et affirmer ainsi la contemporanéité du projet », justifie Matthieu Germond. En prime, les architectes dessinent des toitures à triple rampant au lieu de la double pente très faible recommandée dans le PLU. En revanche, « l’utilisation de la brique a été un point de convergence entre la maîtrise d’ouvrage, la mairie et nous ». Pour obtenir la validation de sa teinte noire, les architectes s’appuient sur le fait que Florent et Jean-Charles ont, quelques années auparavant, peint de cette couleur un morceau de façade, afin de faire ressortir les végétaux. Les membres de l’agence tact – qui porte bien son nom – participent à de nombreuses réunions avec les services instructeurs, étoffées par la présentation de maquettes, perspectives, collages et échantillons de matériaux. « Nous avons bénéficié d’une réelle écoute sur le parti pris architectural avancé, et le permis nous a finalement été accordé. »

Un ensemble cruciforme

Le déroulement du chantier est ardu car les bâtiments existants, mal construits, menacent de s’écrouler entièrement dès qu’ils sont heurtés par une machine. Si bien que le maçon doit rester présent du premier au dernier jour. Les extensions sont élevées en briques alvéolaires et séparées des façades en briques pleines par une lame d’air. L’isolation est réalisée par l’intérieur, afin de rester dans la continuité avec l’existant. Attachés à la finesse de la mise en œuvre, Maëlle Tessier et Matthieu Germond optent pour la pose des ardoises au clou, nettement plus élégante qu’au crochet, et tracent des arêtes vives à leur jonction avec les briques noires, sans recouvrement en zinc. « Les teintes des deux matériaux se confondent et donnent l’impression d’un monolithe minéral dans un écrin végétal », poursuit l’architecte.

L’ensemble forme aujourd’hui un plan en croix qui ménage quatre jardins. D’ouest en est, les parties existantes abritent deux chambres d’amis, superposées dans le volume le plus haut, puis le salon et la cuisine, restés à leur emplacement initial dans le corps central. Viennent ensuite les deux bâtiments récemment achetés qui accueillent maintenant le garage, séparé de l’habitation par un interstice vitré, et une pièce dédiée aux oiseaux. Les adjonctions, toutes deux construites sur le terrain d’origine après démolition d’une annexe et de divers édicules, s’étendent de part et d’autre de l’enfilade de bâtiments anciens fidèlement réhabilités. Leurs toitures sont pliées de manière à créer une transition avec le corps central, très bas de plafond, avant de prendre de la hauteur dans la salle à manger, d’un côté, et de l’autre dans le couloir d’entrée et la chambre du couple. Les fenêtres de toit qui accompagnent le mouvement font pénétrer la lumière douce du nord au cœur de la maison. Chaque entité profite de vues traversantes sur les aménagements végétaux imaginés par Florent, au sein desquels se déploient des volières – des décors mis en valeur grâce à des fenêtres carrées ou des baies escamotables. Et pour parfaire la sensation d’un univers à part, les architectes délimitent chaque jardin par des murs. Une mise en scène à la fois théâtrale et intimiste.