En 1984, William Rubin, directeur du MOMA, affirmait que “le concept d'un musée n'est pas extensible à l'infini”. Et dans ce projet de la Fondation Cartier, Jean Nouvel réussit ici l’exploit de transformer une architecture haussmannienne en véritable temple d’art contemporain, conçu comme un lieu modulable au gré et envie des artistes. Avec une question en trame de fond : comment faire entrer l’art au cœur de la fondation et l’art au cœur de la ville ?
Dans ce nouvel écrin, sa réponse propose d’inclure tous les usagers, dans un périmètre de 150 mètres depuis la rue Marengo, afin de produire un espace en tension. En effet, l’objectif est de changer les habitudes de ceux qui habitent le quartier, mais aussi de s’inscrire dans le quotidien des Parisiens. L'architecte a façonné une machine qui se prête à voir, grâce à 150 mètres de baie vitrée qui s'étend le long de la rue Rivoli et Saint Honoré. À l’intérieur, l’intention est d’entrecroiser le vide et la machine : C’est près de 8500 m² d’espace ouvert au public dont 6 500 m² dédiés à l’exposition, soit 5 fois plus par rapport à l’ancien site du boulevard Raspail, maintenant transformé en bureau. Il le faut bien pour les 4 500 œuvres et 400 artistes annoncés - dont 600 œuvres actuellement présentées.
Le lieu est investi de toutes parts, notamment par une nef de 85 mètres de large et 11 mètres de haut. L’espace est transformé à chaque exposition grâce à 5 plateformes qui peuvent monter et descendre, rappelant le système de flexibilité programmatique mise en place pour la Fondation Galeries Lafayette, pensée par Rem Koolhaas. Les plateformes, ici, sont disposées librement du sous-sol jusqu’aux verrières, qui s'ouvrent sur le ciel et le jardin suspendu. Toute cette machinerie est laissée visible (poteaux, câbles, poulies) tel un outil vivant offert aux artistes. D’après l’intention de Jean Nouvel, “ce n'est pas une mise en forme mais une mise à disposition” ; en clair, pour chaque exposition présentée, ce devrait être aussi un nouveau lieu à découvrir. Une expérience immersive et totale.
Pour cette exposition inaugurale, l’agence FormaFantasma, aux commandes de la scénographie, s’inspire des Grands Magasins en interprétant les codes du catalogue moderne. Ainsi, la collection de la Fondation, créée en 1984, inclut des œuvres dans des domaines peu représentés, comme la céramique, le textile (d’Olga de Amaral), ou la bande dessinée (de Moebius), mais aussi tous les aspects de l’humain et du non-humain, du fantastique et du scientifique, en passant par les dimensions urbaines et ultra-urbaines… Ce qui caractérise cette collection est son engagement envers l'excellence dans chaque domaine présenté. « Exposition Générale » témoigne du patrimoine de l’institution, de ses œuvres d'art contemporaines, tout en étant réceptacle du monde d’aujourd’hui et de demain.