Rédigé par Maëlle Campagnoli et Nathalie Degardin | Publié le 05/03/2026
Selon les données de l’Institut de la maison (Ipea), le marché du mobilier outdoor a affiché une croissance soutenue depuis 2019, bien qu’il ait, à l’image de l’ensemble du secteur, enregistré un recul ces deux dernières années(1). Plus qu’un simple effet de mode, cette dynamique traduit un besoin de continuité entre dedans et dehors porté par la quête de bien-être, de lumière naturelle et de contact avec la nature. Si l’architecture a ouvert la voie (baies vitrées, continuité des sols, pergolas, vérandas, etc.) pour effacer visuellement les seuils, le design s’est à son tour emparé de cette porosité. Les collections outdoor empruntent désormais les codes du mobilier intérieur – confort, générosité des assises, modularité, attention particulière portée aux finitions et aux qualités tactiles – tout en intégrant des contraintes techniques propres à l’exposition extérieure. Ce mouvement, d’ailleurs, n’est pas à sens unique. Si les usages domestiques migrent vers l’extérieur, l’outdoor inspire aussi l’intérieur, brouillant définitivement les catégories traditionnelles.
Outdoor, indoor, un positionnement double
L’hybridation a commencé naturellement, certaines pièces conçues pour l’extérieur trouvant leur place à l’intérieur : chaises en métal utilisées dans la salle à manger, revêtements repris sur des canapés proches d’une baie vitrée. Ainsi, des textiles techniques, parés de toutes les qualités décoratives et tactiles de l’indoor, des structures métalliques, des palettes minérales ou végétales ont investi les salons. Ce sont les éditeurs de mobilier indoor qui ont dans un premier temps ouvert leurs collections à l’extérieur, à l’image de Cinna ou d’éditeurs italiens tels que B&B Italia. Puis en commençant par élargir leurs marchés avec des accessoires, des luminaires, parfois aussi en testant la transposition d’usages intérieurs vers l’extérieur – installation pour le sport ou la cuisine chez Ethimo –, les éditeurs outdoor se sont positionnés sur l’indoor. Cette logique de “franchissement” est aujourd’hui pleinement assumée. « Nous ne sommes plus identifiés uniquement comme un fabricant de mobilier de jardin, explique Baptiste Reybier, directeur général de Fermob, mais aussi comme une marque d’art de vivre. Nous avons élargi notre champ d’action avec des collections pensées pour l’intérieur, en assumant des matériaux comme le bois et le textile, tout en conservant notre ADN. » En janvier, à Maison&Objet, le groupe présentait ainsi son premier canapé à usage exclusivement indoor, dans la continuité des bureaux et des déclinaisons d’assises conçus les années précédentes. Dans ce double positionnement, Tolix, fidèle à son héritage industriel, proposait aussi des ensembles assises et tables revisités, avec des collections identifiées et aux finitions adaptées selon les usages, dehors ou dedans.
La recherche du confort
Si les éléments de cuisine restent l’achat de référence sur le marché, on observe un fort développement du segment lounge. Chez la plupart des acteurs, les ensembles tables et chaises se sont retrouvés au coeur de gammes associant fauteuil, canapé, transat et autre daybed, accentuant ainsi la dimension résidentielle de l’extérieur. Ce, tant en termes de proportions des meubles que de recherche de confort.
Et même plus : en fêtant ses 75 ans, l’italien EMU valorise par exemple sa capacité à concevoir l’espace extérieur comme une expérience complète, avec des collections destinées aussi bien au résidentiel qu’au secteur hôtelier. Car l’évolution des modes de vie (famille recomposée, convivialité à géométrie variable) a généré des solutions pour s’adapter à chaque scénario du quotidien et à la nécessité de ranger et de déplacer le mobilier. Des contraintes bien connues dans le milieu dit de l’hospitalité (restaurants, hôtels, établissements recevant du public, etc.), rebasculées vers l’espace privé, où les designers simplifient les systèmes pour rendre extensibles et repliables les tables, leur intègrent, à l’extérieur, de nouvelles fonctions comme des chemins de table centraux amovibles dans lesquels glisser plantes aromatiques, porte-serviettes et billots de couteaux. Sans compter les solutions d’ombrage, à l’instar de celles de Glatz, transformant le parasol en véritable élément architectural, structurant l’espace comme un plafond à ciel ouvert, tout en misant sur un confort d’usage extrêmement précis, tant dans les inclinaisons possibles, que dans l’ergonomie, la maniabilité du produit et les accessoires associés.
Le design et l’innovation technique au coeur de ces évolutions
Studios intégrés et externes travaillent de concert pour traduire les changements sociétaux en objets durables. Chez Fermob, le studio design interne s’est considérablement renforcé ces dernières années. « Il y a quinze ans, le studio comptait une personne, poursuit Baptiste Reybier. Aujourd’hui, il en réunit cinq. » Une montée en puissance qui permet d’accompagner les collaborations avec des studios indépendants, tout en garantissant la cohérence stylistique de la marque. La couleur, élément identitaire fort, participe aussi à cette continuité intérieur-extérieur. Si les palettes se sont apaisées, l’audace chromatique de l’extérieur revendique désormais une influence sur l’intérieur, invitant à des aménagements plus expressifs. Le développement de l’outdoor est aussi dû à une évolution spectaculaire des matériaux. Textiles toujours plus performants, mousses techniques, céramiques ultrarésistantes et aluminium recyclé élargissent le champ des possibles. Ces innovations répondent à une double exigence : offrir un confort comparable à celui de l’intérieur tout en garantissant une résistance accrue aux contraintes climatiques, avec, si possible, des stratégies industrielles incluant recyclabilité, sourcing local et réduction de l’empreinte carbone. Comme aime à le rappeler Bruno Allard, directeur de Cinna : un produit outdoor est toujours plus complexe qu’un produit indoor. Ainsi plus qu’un simple croisement de gammes, l’ouverture de l’indoor à l’outdoor traduit l’émergence d’un nouvel art de vivre et de produire. Les espaces se pensent de manière globale pour accompagner des modes de vie plus flexibles, plus libres.