Après dix ans passés dans de grandes agences françaises et européennes, Julie Pommier et Iana Vicq montent Augure Studio en 2021 avec une conviction partagée, celle de concentrer leur activité sur des projets de rénovation, de l'habitat aux bureaux : « C'est un devoir à l'heure actuelle de rénover plutôt que construire », précise Iana Vicq.
Pour ce projet rue Mouzaïa, six mois d'études et huit mois de chantier ont été nécessaires, en effet, la maison, qui avait été squattée pendant dix ans, était dans un état de délabrement important. « Il pleuvait à l'intérieur, des murs avaient été ouverts. »
La demande des propriétaires - une famille qui a aujourd'hui trois enfants - était simple et complexe à la fois : repartir de zéro, tout en inscrivant la maison rénovée dans un quartier qui mêle grandes tours et cités ouvrières construites sur d'anciennes carrières de Paris. « Ces maisons étaient conçues pour des populations très modestes, et elles étaient de faible facture. »
Comme elles sont mitoyennes, détruire pour reconstruire n'était pas une option envisageable. Les architectes mènent l'enquête et retrouvent, grâce à des voisins, des photos de la maison d'origine. Elles découvrent que la façade avait été lourdement modifiée par le précédent propriétaire : « Il avait réalisé des ornements dans un style un peu régionaliste, avec des fenêtres cintrées. Nous avons restauré le caractère originel de la maison. » En travaillant avec l'architecte des bâtiments de France, elles redressent et simplifient les ouvertures : « Nous avons reproduit ces contours typiques de la Mouzaïa, avec ces encadrements blancs autour des menuiseries. »
Parallèlement, elles essaient de rendre lisible l'histoire de la transformation de la demeure, qui comporte plusieurs surélévations successives : « Nous avons cherché à la révéler dans le travail fait à l'intérieur. Nous avons décapé un mur entier, c'est-à-dire sur quatre niveaux, pour laisser volontairement visibles la continuité et les surélévations, qui se voient dans l'appareillage de la brique apparente. »
Dans leur relecture du volume, elles rationalisent la superficie : « Ces maisons, étroites mais élevées, exigent une efficacité maximale. Il n'y a ni dégagement ni circulation perdue, car chaquemètre est précieux. » Au rez-de-chaussée, séjour et cuisine communiquent avec la salle à manger sous une verrière transformée pour devenir ouvrante. La descente vers la cave accueille ainsi une buanderie éclairée naturellement. Plus bas, des zones techniques et de stockage remplacent l'ancien sol en terre battue, assaini par une dalle à la chaux. « Vivant à Paris, les clients ont demandé en premier : “Pouvons-nous creuser pour se faire un espace à vivre en plus ?” En sondant le bâti avec un ingénieur structure, nous nous sommes rendu compte qu'il n'y avait pas de fondations et que les murs en brique reposaient directement sur du remblai. Pour assainir la maison, nous avons donc décroûté tous les murs de la cave, qui avaient été enduits au ciment. »
L'accès au premier étage se fait par l'escalier en bois d'origine, il débouche sur un grand palier éclairé naturellement grâce à la présence d'une fenêtre qui accueille efficacement un petit bureau et distribue deux chambres d'enfants et une salle de bains avec baignoire.
À l'époque, le second étage était rejoint à l'aide d'une échelle de meunier. Les architectes décident de tout raser et de recréer l'ensemble du plancher de cet étage : dans leur logique de « traçabilité », elles laissent dans les murs les solives qui témoignent de l'ancien plancher. Tout en étant isolé acoustiquement, le plancher est refait en bois, avec la même technique constructive afin de garder une harmonie des lieux. Ainsi, un nouvel escalier, installé en superposition des deux précédents, conduit à la suite parentale et à une terrasse.
Pour cette rénovation, elles ont établi un bilan thermique avec le bureau d'études Ithaque : « Le parcours classique : nous avons proposé des esquisses et ils ont calculé le rendement thermique de la maison, sachant que, pour des raisons patrimoniales, nous devions isoler par l'intérieur la façade avant. » La rénovation thermique est ainsi traitée au cas par cas : les menuiseries sont remplacées, à l'exception de la porte d'entrée. À l'arrière, sur la façade et sur la terrasse haute en retrait, puisque les maisons sont de profondeurs différentes et que la question d'alignement dans la rue ne se pose plus, elles choisissent une isolation par l'extérieur. Quand elles évoquent le projet, les architectes confient spontanément : « Nous avons mis la même énergie dans chaque espace. Le plan a été optimisé. Il n'y a aucune surface sacrifiée, elles sont toutes utiles. »
FICHE TECHNIQUE
Architectes : Augure Studio Julie Pommier et Iana Vicq
Localisation : Paris 19e
Surface : 110 m2
Durée de l'étude et du chantier : 6 mois + 8 mois
Livraison : 2024
Coût : environ 300 000 €
Matériaux : chêne, carreaux Winckelmans, escalier en acier
Contact architectes : www.augure-studio.fr
Contact photographe : @agnesclotis
